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imaginons la france d'apres de nicolas sarkozy

Ségolène Royal s'est rendue une nouvelle fois en banlieue pour affirmer, mardi à Pantin (Seine-Saint-Denis), que l'Etat devait assurer les services publics "à égalité sur tout le territoire national", tout en déléguant des compétences aux territoires.
"Un Etat qui fait confiance aux territoires qui l'entourent, et qui en même temps reste fort pour assurer l'égalité entre les territoires et le maintien des services publics, est dans son rôle", a-t-elle déclaré lors d'une "rencontre populaire" dans la maison de quartier des Courtillières, devant 200 à 300 habitants.
La candidate socialiste s'est rendue plusieurs fois en banlieue depuis le début de sa campagne, notamment à Clichy-sous-Bois et dans la banlieue de Lyon, à Vaulx-en-Velin. Chaque fois, elle a reçu un accueil chaleureux.
A Pantin, une foule jeune se pressait pour l'apercevoir, en criant "Ségolène présidente" ou "il faut gagner !". "Ca dépend de vous !", répondait-elle. Les femmes essayaient de se faire photographier avec elle, les enfants jouaient des coudes pour l'approcher, en dépit du mur de caméras qui l'entourait. "Je la vois, Ségolène présidente !", lançait un garçon, juché sur une voiture.
Le maire PS de Pantin, Bertrand Kern, s'est plaint que le projet de rénovation des Courtillières, enclenché il y a sept ans, n'ait toujours pas abouti. "Il faut une réactivité plus grande de l'Etat", a-t-il souligné.
"La droite affaiblit les services publics, ici les gens attendent beaucoup de l'Etat", a renchéri Claude Bartolone, député fabiusien de la circonscription.
Marie-Clémentine, présidente d'une association de femmes, s'est plainte que les subventions mettent un an à arriver. Thérèse lui a demandé si elle allait rétablir la police de proximité, avec qui "les habitants étaient en bonne intelligence". La présidente d'une association des parents élèves a regretté des fermetures de classes et le président d'une régie de quartier a souligné le manque d'aide de l'Etat aux structures associatives.
"Je veux un Etat qui assure la présence du service public à égalité sur tout le territoire national, en milieu urbain comme en milieu rural, et qui assure aussi le service public en direction de toutes les catégories de la population", a déclaré Ségolène Royal.
Elle a assuré aux habitants que, si elle est élue, la police de proximité serait rétablie et les moyens rendus à l'école "dès la prochaine rentrée". Elle a affirmé aussi qu'elle allait "décentraliser l'Etat", notamment en ce qui concerne la politique de la ville, pour que "ça aille plus vite".
"Les maires, les associations, les citoyens en conseils de quartiers, savent mieux que quiconque et certainement mieux qu'un chef de bureau du ministère de la Ville ce qui est important pour eux", a-t-elle estimé, annonçant "un vaste mouvement de rapprochement des décisions des territoires, ce qui ne veut pas dire un Etat plus faible".
Deux mois après son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy contourne toujours la banlieue et ses millions d'habitants. Le candidat de l'UMP, qui affirme vouloir parler à l'ensemble des Français, évite toute rencontre directe sur le terrain avec la jeunesse des quartiers. Ces fameux «territoires de la République» qu'il se faisait fort de «reconquérir» lui font aujourd'hui tout simplement peur. Cela n'a pas échappé à François Bayrou et à la plupart de ses concurrents, qui multiplient, eux, les déplacements en banlieue sans redouter les incidents. «Cela fait des mois qu'il [Sarkozy, ndlr] ne peut pas y aller, malgré toute la parade de gardes du corps qui l'entoure. Vous avez l'impression que c'est sain pour un pays comme le nôtre d'avoir le ministre de l'Intérieur lui-même qui ne peut pas se rendre en banlieue ?» a ironisé le candidat de l'UDF lundi soir.
«Ce serait une folie.»
De fait, voilà maintenant des semaines que Nicolas Sarkozy promet de s'y rendre. Sans oser y aller. Et plus le temps passe, plus la pression sera grande autour d'une virée sur la dalle d'Argenteuil ou dans un quartier dit sensible. Une confrontation verbale qui tourne mal, une mauvaise télé qui tourne en boucle et sape des mois de travail : telles sont les hantises des sarkozystes. Au QG, un haut responsable de la campagne pense qu'il est maintenant sage de faire l'impasse sur la banlieue : «Y aller avec micros et caméras serait une folie. Le moindre incident serait exploité contre nous et pourrait même mettre le feu aux poudres dans les banlieues. Je ne vois pas l'intérêt de prendre le moindre risque alors que nous sommes en tête dans les sondages.» «Pourquoi faudrait-il à tous prix qu'il y aille ?» renchérit Rachida Dati, porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui a travaillé sur d'éventuelles visites du candidat en banlieue. Selon elle, «les militants associatifs qui agissent sur place ont juste envie d'être tranquilles. Ils ne veulent surtout pas qu'on vienne saboter leur travail». Quant au député et conseiller politique Patrick Devedjian, il retourne le problème : «Depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l'Intérieur, la police entre dans les quartiers, et les voyous n'aiment pas ça. Alors, c'est vrai, il peut avoir des problèmes.»
En petit comité.
Yamina Sarhi, militante de l'association BBR (Bleu-Blanc-Rouge) fondée à Argenteuil au lendemain de la mémorable visite du ministre antiracaille, confirme la doctrine officielle : une visite de Sarkozy n'est pas «spécialement attendue». «S'il ne venait que pour donner tort à ceux qui prétendent qu'il a peur, ce serait ridicule !» se désole la jeune femme, engagée dans un projet de classe préparatoire aux grandes écoles pour les lycéens d'Argenteuil.
Pour ne pas donner le sentiment de faire l'impasse sur un pan entier de la population française, le candidat de l'UMP va multiplier dans les prochains jours les rencontres avec des jeunes en petit comité, comme il l'a fait le mois dernier à Perpignan. Des petits raouts hyper contrôlés, destinés à éviter tout dérapage. Après son départ de la Place Beauvau, la semaine prochaine, il devrait effectuer en catimini des visites express en banlieue sans trop de médias à ses basques. «Des petits formats qualitatifs où il valorisera la vie des quartiers et de ses habitants», dit-on au quartier général.
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